
C’est de là que je viens Tristes éclats d’enfance Un immense jardin Aux parfums étranges Où la rose vacille A chaque fois qu’elle subit Le rire des orties Et pour avoir moins mal Quoi de plus naturel Elle cache ses pétales Elle se rend moins belle S’inventent des épines Même artificielles Pour pas qu’on la devine Je maudis le temps perdu A inventer des issues à ma peine En fabriquant une armure J’y ai sacrifié, c’est sûr Mes deux ailes
On voit dans la même terre Serait-ce une erreur Les roses et les fougères Les chardons, les fleurs Et pas un jardinier Pour venir séparer Le bon grain de l’ivraie
C'est de là que je viens
Mon Dieu, qu’il faut du temps Pour casser le marbre De ces tombeaux d’enfants Creusés sous les arbres Vieux films en noir et blanc Où personne ne voit vraiment Le rouge vif du sang Je maudis le temps perdu A inventer des issues à ma peine En fabriquant une armure J’y ai sacrifié, c’est sûr Mes deux ailes J’ai ôté tous les bijoux De mes doigts et de mon cou Pour leur plaire J’ai caché dans la froideur Tous les remous de mon cœur Pour les faire taire Puis y a eu ton regard Ce divin doigté, Caresse qui répare Les ailes froissées Comme un nouveau départ
Là-bas il était pauvre Pauvre de n’avoir rien Pauvre comme les autres Ses amis, ses voisins Ici le voilà pauvre Cette fois de n’être rien Ni dans l’regard des autres Ni même dans le sien Qui sur le long chemin Alors imaginait Qu’ici quand on n’a rien On devient aussi laid Que le pire dans l’histoire N’est pas d’être précaire Mais c’est de percevoir Le mépris que ça génère Le même mot « Voyage » Pour dire tous ces chemins Ceux qui mènent à la plage Et ceux qui mènent à rien C’est selon qu’on monte ou qu’on descend Il existe deux mots« Touriste » et « clandestin » Pour désigner le flot Des voyageurs humains C’est selon qu’on monte ou qu’on descend On craint moins les naufrages Dans les croisières vers Louxor Qu’en s’éloignant des rivages Pour affronter la mort On craint moins les pillages Dans les aéroports Que sur ces vastes plages Où se jouent tant de sorts
Un avion qui décolle C’est moins dangereux, remarque Que des corps qui de collent A 100 dans une barque Si seulement tout au bout Y avait un beau royaume Où tout s’rait assez doux Pour chasser les fantômes Le même mot « Voyage » Pour dire tous ces chemins Ceux qui mènent à la plage Et ceux qui mènent à rien C’est selon qu’on monte ou qu’on descend Il existe deux mots« Touriste » et « clandestin » Pour désigner le flot Des voyageurs humains C’est selon qu’on monte ou qu’on descend


